Le secteur de l'intérim est à la fois un point de départ et une plaque tournante sur le marché du travail

2024

Le travail intérimaire n'a pas toujours existé sous la forme et dans l'ampleur que nous connaissons aujourd'hui. Dans les années 1950 et 1960, l'intérim était un phénomène marginal sur le marché du travail. À l'origine, il s'agissait uniquement de remplacements temporaires, ou de « dépannage », du personnel permanent. Mais c'était un premier pas vers davantage. La demande des entreprises en travailleurs temporaires et flexibles n'a cessé de croître. Le secteur de l'intérim a en outre connu une accélération supplémentaire lorsque les entreprises ont commencé à externaliser leurs activités non essentielles. Quelques chiffres l'illustrent. En 1977, la Belgique comptait 24.000 intérimaires sur base annuelle ; en 1985, ils étaient pour la première fois plus de 50.000. En 2000, nous avons franchi le cap des 300.000, et depuis 2016, nous comptons chaque année plus de 400.000 intérimaires. Si l'on y ajoute les 300.000 étudiants jobistes qui travaillent via l'intérim au cours de l'année, ce sont en 2023 plus de 700.000 personnes qui trouvent chaque année le chemin du marché du travail grâce à l'intérim.

Ensemble, ces intérimaires ont presté ces dernières années plus de 220 millions d'heures de travail par an. Convertis en équivalents temps plein, ces heures représentent, selon nos propres données sectorielles, bien plus de 100.000 ETP depuis 2015. Ces dernières années, la part du travail intérimaire oscille ainsi entre 2,5 et 3 % de l'emploi salarié total dans notre pays. En d'autres termes, l'intérim fait désormais partie intégrante de la politique des ressources humaines de pratiquement tous les types d'organisations, des entreprises privées aux pouvoirs publics. Le travail intérimaire n'est pas seulement utilisé pour sa flexibilité : il sert aussi de plus en plus de canal de recrutement pour des collaborateurs permanents. Pour des dizaines de milliers de jeunes, l'intérim constitue ainsi le premier pas sur le marché du travail, qui mène d'ailleurs souvent à un emploi fixe. Plus de la moitié des intérimaires se voient proposer un contrat à l'issue de leur mission d'intérim.

Le secteur de l'intérim est un acteur important du marché du travail. Pourtant, l'impact économique et sociétal du travail intérimaire n'est pas un domaine de recherche prioritaire pour les universitaires et les autres chercheurs. De nombreuses publications scientifiques sur l'intérim portent plutôt sur ses aspects de droit social. Aucune étude à 360° de l'impact économique et sociétal du travail intérimaire n'a jamais été menée. Qui sont les utilisateurs ? Pourquoi font-ils appel à des intérimaires ? Quelle est leur vision de l'intérim ? Qui sont les intérimaires ? Quelles sont leurs attentes et leurs motivations ? Quel rôle jouent les entreprises de travail intérimaire, tant pour les intérimaires que pour les utilisateurs ? Dans quelle mesure l'intérim contribue-t-il à la croissance économique ? Quel est son impact sur la productivité ? Dans quelle mesure contribue-t-il à la flexibilité du marché du travail belge, particulièrement rigide ? … Jusqu'à présent, bon nombre de ces questions n'ont reçu qu'une réponse partielle. Faute de recherche scientifique, on généralise souvent à partir de cas particuliers lorsqu'il est question du secteur de l'intérim, au lieu d'évaluer le secteur à sa juste valeur pour le marché du travail.

C'est pourquoi la fédération sectorielle Federgon a demandé au professeur Ludo Struyven du HIVA-KU Leuven de porter un regard plus large sur le secteur et d'étudier les typologies de carrière des intérimaires, afin de comprendre et de documenter la dynamique que l'intérim crée sur notre marché du travail. Le rapport final offre un éclairage inédit sur le rôle que joue le secteur sur notre marché du travail et décrit la carrière des intérimaires sur plusieurs années. Pour cette étude, les chercheurs ont utilisé un échantillon couplé BCSS-ONSS, qui couvre chaque trimestre 10 % de l'ensemble de la population salariée en Belgique et suit ces personnes trimestre par trimestre de 1996 à 2019. Jamais un ensemble de données aussi vaste n'avait été utilisé pour une étude, des données qui portent un regard objectif sur le déroulement des différentes carrières des intérimaires. Ces données administratives permettent en effet de retracer l'évolution de carrière des travailleurs de manière plus complète et plus précise que ne le permettent les données d'enquête utilisées dans les études de carrière.

 

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